- Giudice de Cinarca (Sinucello della
Rocca)
Né à Olmeto en 1221, Sinucello della Rocca plus connu sous le nom de Guidice
de Cinarca est la figure la plus représentative des puissantes seigneuries
qui, au XIIIème siècle se partageaient la Corse, les unes partisanes de
Gênes, les autres de Pise.
Issu de la famille des hobereaux de Cinarca qui contrôlaient, dans
le sud, presque la moitié de lîle, Sinucello jeune engagé dans
l'armée de la République de Pise reçoit, à 24 ans le titre de "Guidice"
(Juge, soit magistrat suprême) ainsi que la mission de soumettre le
reste du pays.
Redoutable adversaire du camp qu'il ne choisit pas, Guidice réussit
très vite à progresser dans sa conquête de lîle .
Cependant, en 1258, il se rallie à Gênes
et lui jure fidélité pour, quelques années plus tard, en 1280,
à l'occasion d'un désaccord, se déclarer vassal de Pise
.
Puis après avoir reconnu la suprématie de Gênes sur Pise en 1289, il
se retourne contre elle en 1290.
Il devient très vite maître du pays et veut gouverner dans la paix
et la justice, connaissant ainsi auprès de la population épuisée par
ces luttes incessantes un succès certain tandis que sa versatilité,
ses succès, et sa forte personnalité en font un "homme à abattre"
pour ses pairs..
Ainsi, ce seigneur, sans doute guerrier hanté par le pouvoir, nouant
successivement et au gré de ses rancunes des alliances avec les deux
Républiques en lice, sera finalement la victime et de Pise et de Gênes.
En effet, Pise l'abandonne d'autant plus facilement qu'une des
clauses d'une trêve signée entre Génois et Pisans en 1299 stipule
son bannissement - tant est redoutable son énergie guerrière.
Et c'est par la trahison d'un de ses fils naturels que Guidice
de Cinarca est capturé par les génois sur la Plage de Propriano,
emmené à Gênes où il est emprisonné et meurt en 1306 selon les
uns, en 1312 selon les autres.
Comme bien des figures de l'Histoire, Guidice de Cinarca a aujourd'hui
rejoint la légende dans laquelle chacun trouvera, selon sa sensibilité,
soit patriotisme héroïque, soit folle ambition.
- Sampiero Corso
L'homme naquit au pied du mont Renosu, alors qu'à Florence périssait dans
les flammes le moine Savonarole.
Tout jeune, il s'engagea sous les ordres du dernier grand condottiere
florentin : Giovanni de Medeci. Ce grand capitaine pensait le métier des
armes comme le complément indispensable des beaux-arts.
Homme d'érudition, il combattait avec un courage qui en imposait à
ses mercenaires. Il reconnut dans le jeune Corse un égal et le récompensa
comme tel.
Giovanni de Medeci passa au service de la France en 1522, emmenant
avec lui Sampiero. [...] Sampiero lutta aux côtés de Bayard et se couvrit
de gloire jusqu'à mériter le titre de colonel de l'infanterie corse
au service de la France. Il revint alors dans son île pour épouser Vannina
d'Ornano, héritière de l'une des plus illustres familles corses. Il
avait cinquante ans et sa jeune femme trente-cinq ans de moins.
Les Génois supportèrent difficilement
le prestige du vieux soldat et le firent emprisonner. Libéré grâce
à l'intervention du roi français Henri II, Sampiero revint pour
voir raser la maison qu'il avait fait construire à Bastelica.
C'était une offense mortelle.
Plus tard, lorsque Pasquale Paoli décrétera sa
justice, il ordonnera de raser les maisons appartenant à ceux qui se
livraient à la vendetta.
Car l'homme qui perd sa maison perd ses racines.
Sampiero voua à Gênes une de ces inimitiés qui brûlent un cur
à chaque seconde de la vie. Pour mener la guerre contre la république
ligure, il s'allia à Charles Quint, son vieil adversaire.
Puis, au service de l'alliance franco-turque, il participa au débarquement
à Bastia. Les Turcs abandonnèrent la Corse en 1553 et Sampiero resta
seul face aux Génois, conduits par Andrea Doria.
Ce dernier alignait douze mille hommes.
Le 18 septembre 1554, les Corses de Sampiero les taillèrent en pièces
au col de Tenda.
Le 15 septembre 1557, à Viscuvatu [Vescovato], la Corse fut incorporée
à la couronne de France.
Les grandes puissances ont souvent des raisons que la raison de petites
nations ignore. Deux ans plus tard, le traité de Cateau-Cambrésis restitua
la Corse aux Génois. [...]
Nommé ambassadeur extraordinaire en Turquie par le roi de France, Sampiero
Corso laissa épouse et enfants en sa demeure de Marseille. La jeune
femme se morfondait et se laissa manipuler par le précepteur de ces
enfants, l'abbé Michel-Ange Ombrone, espion génois.
Vannina vendit les biens de Sampiero et embarqua pour la capitale ligure.
Son époux l'apprit et fit intercepter le navire.
Il jugea alors sa femme et la condamna à mort.
Elle accepta la sentence, le suppliant seulement de l'étrangler de ses
propres mains plutôt que de la livrer au lacet du bourreau. Ce que fit
Sampiero.
Ce meurtre fit grand scandale, car la défunte appartenait à une famille
noble. La reine de France fit savoir qu'elle ne recevrait pas ce « tueur».
L'affaire inspira Shakespeare qui transposa Sampiero dans le personnage
d'Othello.
Le vieux lion ne renonça pas à sa lutte pour la libération de la Corse.
En 1564, il débarqua dans le golfe du Valincu à la tête de vingt-cinq
mercenaires gascons. Il posa le pied sur la terre sacrée et prononça
ces mots :
« Je ne suis pas venu ici pour mes intérêts particuliers mais pour libérer
ma pauvre patrie. »
Les Corses gardaient un souvenir cuisant de la trahison française et
se rallièrent fort peu au vieux colonel. Pourtant, avec deux cents hommes
expérimentés, il battit les Génois.
Alors, les villages de Corse lui envoyèrent des renforts. La révolution
embrasa le territoire, des montagnes jusqu'à la plaine. Il n'y eut que
le Cap pour résister à cette vague libératrice qui submergea l'île.
La famille d'ornano offrit deux mille ducats d'or à qui ramènerait la
tête du colonel tandis que Gênes en promettait quatre mille. A Livia,
une assemblée de la Nation corse venait de lui prêter serment de fidélité.
Sampiero portait gaillardement ses soixante-neuf ans et menait le combat.
La guerre ravageait l'île et les atrocités répondaient aux massacres.
Les Génois décidèrent de se servir des frères d'Ornano pour tuer le
vieux lion.
Non loin de Prunelli se découvre la plaine qui mène à la mer. Au loin
se découpe le golfe d'Ajacciu.
Là tomba le 17 janvier 1567 Sampiero Corso, héros de l'histoire insulaire.
- Pascal Paoli
Fils cadet de Hyacinthe Paoli - ancien général de la Nation, chef de la
deuxième des quatre insurrections qui ont marqué la Révolution Corse -
Pascal Paoli est né à la Stretta, un hameau de Morosaglia, le 6 avril
1725.
Exilé à Naples en 1739, Hyacinthe entraîne avec lui son fils Pascal
qui reçoit là une solide instruction ainsi qu'une formation intellectuelle
puisant, semble-t-il, aussi bien aux sources de la culture classique
qu'aux théories modernes, celles notamment des philosophes français.
Sa culture dhonnête homme lui permettant en effet de parler et
lire à peu près couramment l'anglais et le français, il s'intéresse
très tôt aux doctrines étrangères tout en manifestant un faible pour
la politique, sous son aspect le plus clairvoyant et le plus désintéressé.
Cette tendance comme son attachement à la Corse qu'il a quittée à quatorze
ans le rendent, alors qu'il fait carrière militaire en Italie, très
attentif aux affaires de son île dont il est tenu informé par son frère
Clément et quelques amis .
Ce sont eux qui, à la mort du Général Gaffori nommé Chef Suprême des
Corses, assassiné alors que son gouvernement révolutionnaire contrôle
une grande partie de l'île, pressent Pascal Paoli de rejoindre son pays
pour se porter candidat à la magistrature suprême.
Sans doute déjà mûr pour une telle décision, âgé de trente ans, le
jeune officier débarque sur le sol de son pays natal en Avril
1755 où il est élu le 13 Juillet 1755 - contre son adversaire
Marius Matra - Général en Chef (Capu Generale) par la Consulte
de Saint Antoine de la Casabianca qui l'investit de la mission
d'une guerre décisive contre Gênes.
Il gouvernera la Corse pendant 14 ans.
Pour s'imposer autrement que par son élection qui n'a pas fait l'unanimité
et parce que tel est son idéal, Pascal Paoli s'attache à réaliser mieux
que ses prédécesseurs l'unité morale et politique de la Nation.
Après avoir vaincu une insurrection fomentée par Matra, et, en divers
points de l'île, de vives résistances faites de sympathies tantôt génoises
tantôt françaises ou simplement d'hostilité envers un homme venant de
l'exterieur, fervent partisan d'une démocratie dont tous n'ont pas d'emblée
saisi le sens, Pascal Paoli réussira enfin à prendre effectivement la
tête de son pays .
Fixant la capitale à Corte,
il y fait voter une Constitution affirmant la souveraineté de
la Nation Corse ainsi que la séparation des pouvoirs, fait frapper
monnaie, dote la justice de tribunaux réguliers, crée une armée
et s'efforce de doter le pays d'une petite flotte.
Sur le plan économique, il encourage le développement de l'agriculture,
fait assécher les marais et stimule le commerce mais le blocus
des villes maritimes dont il n'a pu chasser les génois en empêche
l'épanouissement. Afin de créer des échanges nouveaux et contrebalancer
le pouvoir de Calvi,
place forte génoise, il fonde l'Ile
Rousse.
Désireux d'aider la nation corse à s'affirmer, il organise l'école
primaire et fonde une Université à Corte.
Cependant, Gênes qui, en 1764 est encore présente mais à bout de ressources
dans les principales villes côtières qu'elle a fondée, devant l'impossibilité
de traiter avec Pascal Paoli, demande aide à la France. Celle-ci essaye
de négocier avec le Babbu (père) de la jeune nation mais n'obtient de
lui que la réaffirmation de sa volonté d'indépendance et dans le pire
des cas, conscient de la nécessité d'une politique extérieure, l'acceptation
d'un protectorat.
Les négociations entre la République de Gênes et la France de Louis
XV aboutiront finalement le 15 Mai 1768 au Traité de Versailles.
Ainsi, qu'elle ait été vendue ou donnée en gage d'une dette, la jeune
nation corse se voit traitée en objet et lors de la Consulte du 22 mai
1768 se prononce pour la résistance armée.
Pascal Paoli combat pendant un an contre son nouvel adversaire, un
des plus puissants maîtres d'Europe, mais il est vaincu au cours de
la bataille de Ponte Nuovo le 8 mai 1769 .
Après quelques tentatives de résistance, Pascal Paoli est contraint
de s'exiler et s'embarque le 13 juin sur un vaisseau anglais.
Invité par le roi, l'Angleterre laccueille avec tous les honneurs
dus à celui que l'on considère en Europe comme un véritable homme d'état
assorti de l'étoffe d'un héros.
En effet, la révolution des Corses menée par Pascal Paoli, qualifiée
par certains de titanesque face aux Génois et alors que la Corse est,
jusque là, un petit morceau de terre inconnu de tous, suscite et rassemble
depuis quelques années les sympathies des opinions publiques et des
intellectuels européens, au point de créer un véritable mythe paolien,
au sens grec du terme .
Outre la renommée établie par Jean Jacques Rousseau, James Boswell
ou encore Voltaire, ce sont, en Europe, livres, gazettes, correspondances
privées, essais qui abondent en éloges, et ce sont diplomates, hommes
d'affaires ou historiens qui témoignent leur admiration et leur estime
envers celui que le grand Frédéric qualifie de :
généreux protecteur et défenseur de sa patrie, ce grand
homme dont l'estime et la vénération publiques ont déjà rendu le nom
immortel.
Alors que la Bastille vient de rentrer pour toujours dans l'Histoire
et 21 ans après avoir quitté son île, Pascal Poli voit son exil à Londres
prendre fin avec l'amnistie envers les corses expatriés proposée par
Mirabeau en 1789.
Passant par Paris en avril 1790 où il est reçu par Louis XVI, loué
par Robespierre et acclamé par le peuple, il débarque en Corse qui,
devenue département français, connaît comme d'autres provinces la fermentation
croissante des partisans de la Révolution et de ses adversaires.
Pascal Paoli est élu Commandant en Chef des Gardes Nationales et Président
du Directoire Départemental .
Mais après un si long exil, loin des réalités insulaires, dans une période
de mutations en cascade, Pascal Paoli n'est plus maître de l'île.
Alors que les divisions s'accentuent, avec le soutien du Comte Pozzo
di Borgo, il croit sage pour sauver la Corse et lui permettre un gouvernement
à part de la séparer de la France afin de lui assurer de la part d'un
autre Etat - de préférence une grande puissante maritime aux institutions
plus libérales que celles de la France - un système de protectorat .
Dès l'année 1792, prenant ses distances avec les partisans corses de
la Révolution, il est traduit par Lucien Bonaparte comme contre-révolutionnaire
devant la Convention et déchu de son commandement.
Proclamé Généralissime par ses partisans en 1793, il réussit à prendre
le contrôle de la plus grande partie de l'île et rédige un acte d'accusation
contre la Convention, ce qui l'amènera à être déclaré traître à la République
et mis hors la loi.
Tandis que troupes françaises et troupes paolistes s'affrontent,
le Père de la Nation Corse sollicite l'appui de l'Angleterre qui,
avec l'escadre de Nelson, brise la résistance à Bastia,
Saint-Florent et
Calvi.
La Constitution d'un royaume anglo-corse naît le 15 juin 1794 avec
à sa tête, non pas comme il l'escomptait Pascal Paoli, mais le vice-roi
anglais ...Sir Gilbert Elliot.
Cette union ne durera que deux ans. Des troubles naissent en Castagniccia
et prennent une telle vigueur que Pascal Paoli est sur la demande d'Elliot
rappelé à Londres.
Ainsi, en octobre 1795, Pascal Paoli reprend le chemin de l'exil.
Son île qu'il n'avait jamais cessé de rêver libre, sera réoccupée sans
heurt par les troupes françaises en octobre 1796 .,
Après avoir vécu 47 ans d'exil, Pascal Paoli meurt à Londres le 5 Février
1807 et est inhumé au cimetière de St-Pancrace.
Les cendres de cette personnalité exceptionnelle qui a séduit tant
d'hommes touchés par l'esprit des lumières et ébloui le jeune Napoléon
Bonaparte reposent depuis 1889 à Morosaglia .
- Napoléon Bonaparte
Il naît le 15 Août 1769 dans une maison de la rue Malerba, aujourd'hui
rue Saint Charles, à Ajaccio
, tout comme ses douze frères et surs - dont sept survivront
- que lui donnent ses parents Letizia et Charles Marie Bonaparte.
Celui-ci, qui en 1768 combattait aux côtés de Pascal Paoli, prenant
peut-être conscience du caractère irréversible d'une Corse rattachée
à La France, se rallie très vite à cette dernière et en obtient diverses
faveurs dont une bourse d'études qui permet au jeune Napoléon, d'être
admis à l'école militaire de Brienne .
Agé de neuf ans quand il quitte Ajaccio, Napoléon est déjà un enfant
indépendant et un esprit fort . Il reconnaîtra plus tard :
"je ne craignais personne, je battais l'un, j'égratignais
l'autre. Je me rendais redoutable à tous".
A Brienne, tout en poursuivant ses études, il sent naître pour son
île non pas un simple "amour du pays" mais un véritable patriotisme
et s'enthousiasme pour le général Paoli - pour l'homme, son idéal et
son action .
En 1784, il entre à l'école militaire de Paris dont il sort lieutenant
d'artillerie . A 16 ans, son ambition est alors de rentrer sur son île
pour y faire carrière politique et militaire rêvant d'y prendre un jour
la première place.
Quand en 1789, éclate la Révolution, Napoléon est acquis à ses idées.
Il prend part aux luttes politiques qui divisent la Corse et très vite
alors qu'il est âgé de 2O ans, son ambition inquiète Pascal Paoli dont
il devient bientôt l'adversaire .
En 1792, il est contraint de s'éloigner d'Ajaccio
lorsque après une sanglante émeute dégénérant en guerre civile, il échoue
dans sa tentative de prise de la Citadelle.
L'année suivante, sa famille fidèle à la Convention, cible d'une population
qui garde rancune à Lucien (frère de Napoléon) de sa virulence contre
Paoli, doit se réfugier dans sa maison de campagne aux
Milelli avant de rejoindre Napoléon. Celui-ci tente, en effet, une
nouvelle fois, depuis la tour du Capitello, de s'emparer de la ville
avec l'aide de la flotte de la République mais il connaît un nouvel
échec.
Cet échec marquera le départ de Napoléon Bonaparte d'abord vers Toulon
puis vers un autre destin, rappelant ainsi l'appréciation qu'avait porté
sur lui un de ses professeurs à l'école de Brienne :
"Corse de nation et de caractère, il ira loin si
les circonstances le favorisent" .
Ce homme jeune et ambitieux qui pressent déjà en lui une sorte de génie
quitte son île mais, à n'en point douter, celle-ci restera à jamais
berceau des siens et de ses affections.
Nommé, cette même année 1793 Chef de l'Artillerie dans l'armée chargée
de reprendre Toulon aux royalistes, il se couvre de gloire.
Après avoir connu quelques déboires dus à la crise politique de la
France notamment à la chute de Robespierre, Napoléon se voit confier,
en 1796, peu avant son mariage avec Joséphine de Beauharnais, le commandement
des troupes dans la campagne d'Italie au cours de laquelle son étoffe
de stratège militaire se double de l'étoffe d'un véritable chef d'Etat.
C'est en effet, après avoir battu Piémontais et Autrichiens, qu'il leur
impose la paix (Campoformio1797), façonne ce qui deviendra plus tard
le royaume d'Italie, puis c'est la campagne d'Egypte, d'où il rentre
en octobre 1799 investi par les modérés du soin de les débarrasser du
Directoire.
Mais ce n'est pas en simple instrument de la bourgeoisie que Napoléon
Bonaparte uvre en cette fin 1799 : à la suite du coup d'Etat du
9 et 10 novembre, il se fait proclamer Premier Consul de la République
et devient maître du pays en lui imposant la Constitution du l 'An VIII
qui lui octroie pouvoir exécutif et initiative des lois.
Chef d'Etat et des Armées, Napoléon, doué d'une capacité de travail,
d'une intelligence, et d'une imagination créatrice exceptionnelles,
réforme en un temps record l'administration et la justice .
Une nouvelle fois victorieux contre la coalition autrichienne, imposant
la paix aux Anglais, signant en 1801 le Concordat avec Pie VII qui met
l'Eglise de France au service du régime, Napoléon voit son pouvoir grandir
de jour en jour et supporte de plus en plus mal l'opposition.
C'est ainsi qu'un complot royaliste étant découvert, il se fait proclamer
en 1804 empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er, puis roi
d'Italie en 1805.
Se crée alors autour de lui une véritable " monarchie " avec
cour et noblesse d'empire tandis que le régime établi poursuit, sous
son impulsion, réformes et modernisation : enseignement, urbanisme,
économie, beaux arts, création du code Napoléon donnant une base juridique
à la société issue de la Révolution...
Mais l'Empereur est vite accaparé par la guerre.
Echouant devant l'Angleterre ( Trafalgar 1805 ) mais réussissant une
série de campagnes contre les Austro-Russes ( Austerlitz 1805 ), les
Prussiens ( Iéna 1806 ) il édifie le grand Empire après le traité de
Tilsit en1807 .
En réponse au blocus maritime appliqué par Londres, Napoléon met en
place entre 1806 et 1808 le Blocus continental afin d'isoler l'Angleterre.
Ce blocus certes dynamise l'industrie et l'agriculture françaises mais
gêne léconomie européenne et oblige l'Empereur à développer une
politique expansionniste qui, des Etats Pontificaux au Portugal et à
l'Espagne en passant par la maîtrise d'une nouvelle coalition de l'Autriche
(Wagram 1809) laisse ses armées épuisées.
En 1810, soucieux d'assurer une descendance, Napoléon épouse Marie
Louise d'Autriche qui lui donne un fils Napoléon II, roi de Rome.
En 1812, pressentant de l'hostilité de la part du Tsar Alexandre 1er,
la grande Armée de Napoléon envahit la Russie.
Cette sanglante et désastreuse campagne fera sonner le réveil de l'Europe
orientale qui, de coalition en occupation de la France par le Sud et
par l'Est, verra Paris envahie par les troupes ennemies le 4 mars 1814
et quelques jours plus tard Napoléon contraint d'abdiquer en faveur
de son fils puis, le 6 avril 1814, de renoncer à la totalité de ses
pouvoirs.
C'est de mai 1814 à mars 1815, durant son séjour forcé à l'Ile d'Elbe,
seule et dérisoire souveraineté que lui laissent ses victorieux ennemis,
que Napoléon verra Autrichiens, Prusses, Anglais et Russes se partager
, au cours du Congrès de Vienne, ce qui fut son Grand Empire.
Echappant à la surveillance anglaise, Napoléon réussit à rentrer en
France en Mars 1815 où soutenu par les libéraux - ennemis des Bourbons
- il connaîtra un second mais bref règne connu sous le nom des "Cent
Jours" qui vaudra à la France une nouvelle coalition de l'Europe
amenant au lendemain du désastre de Waterloo la nouvelle abdication
de l'Empereur le 22 Juin 1815.
C'est ainsi que s'en remettant aux Anglais, cet insulaire au destin
peu ordinaire se verra assigné comme prison la lointaine île de Sainte-
Hélène, où avant de s'y éteindre le 5 mai 1821, il évoquera souvent
avec nostalgie son île natale pour laquelle il confiera avoir été trop
occupé par guerres et jalousies pour avoir eu le temps et les moyens
de mettre en uvre les grands projets qu'il avait conçu pour elle
.
Intentions réelles ou regrets tardifs, l'histoire le dira peut être
un jour mais il n'en demeure pas moins qu'entre Napoléon et la Corse
les liens sont aujourd'hui indestructibles et ceux qui contestent les
actions de l'homme illustre aiment cependant le petit Ajaccien qui s'isolant
sur les hauteurs boisée de la ville pressentait peut-être déjà un destin
hors du commun.